Lettre mensuelle aout 2025

En cette période estivale, motif habituel de nombreux rassemblements, déplacements, voyages, découvertes, festivités, escapades et autres brassages de population, beaucoup de personnes en quête d’unicité et d’authenticité font l’expérience réitérée d’une certaine solitude ou, du moins, d’un sentiment de solitude.

Un sentiment de solitude au milieu de cousins, d’amis, de badauds, d’estivants, de mondanités ou de conversations qui se tiennent par pur formalisme.

Il se peut que, malgré la présence autour de vous d’un certain nombre d’humains qui, peut-être, se considèrent comme proches de vous, vous ressentiez une sorte de carence, de manque de lien, voire de vide. Il se peut que vous éprouviez une incapacité croissante à interagir sur un mode superficiel, inconsistant avec des personnes, même s’il existe entre vous de l’affection ou de l’amitié et que, de fait, vous ne trouviez plus de terrain d’entente. J’emploie le terme de « terrain d’entente » dans le sens de « endroit sacré, pur et lumineux au sein duquel nous partageons librement ce que nous sommes et nous nous reconnaissons mutuellement dans notre unicité ».

Il peut s’agir de membres de votre famille dont les aspirations vous paraissent dénuées de sens, d’amis que vous côtoyez depuis des années dont les préoccupations vous semblent appartenir à un monde ancien ou de vagues connaissances avec lesquelles, aujourd’hui, une simple discussion vous fait l’effet d’un bruit buccal à la fois énergivore et chronophage.

Le mois d’août est, dans de nombreux pays du monde, le mois des vacances. Le mot « vacance » est issu du latin « vacare » qui signifie « être sans, être vide ».

C’est dans cette expression littérale du terme que beaucoup d’humains vivent cette période estivale : « être en vacances », « partir en vacances », « vivement les vacances », « bonnes vacances »…

Être en vacances – être sans, être vide, donc – a ainsi pour effet collectif de mettre en relief, en surbrillance, une tendance à un relâchement généralisé, à une évacuation de quelque chose en soi, à un oubli d’une part d’identité pourtant précieuse. Mais, puisque « la nature a horreur du vide », pour équilibrer ce mouvement de vidange intérieure, se répand dans le même temps l’idée maîtresse qui ordonne de « profiter des vacances ». Dit autrement : de profiter de cette absence, de ce vide, de cet endroit psychique libre pour y mettre quelque chose d’autre à la place. Pour certains, il va s’agir d’un remplissage à base de dépaysement, de sommeil, d’activités physiques, de relations épisodiques. Pour d’autres, le vide sera comblé par une consommation outrancière de nourriture et de boissons alcoolisées. Pour d’autres encore, il sera question d’emmagasiner le plus possible de « souvenirs heureux », dans le simple but de tenir jusqu’aux prochaines vacances et de relancer le mécanisme.

Dans ce changement provisoire de l’état d’esprit collectif, il se peut donc que vous peiniez à trouver votre centre, à conserver votre alignement, à continuer d’entendre votre voix intérieure, à encore percevoir votre cap intime et à ne pas vous laisser emporter par les vagues non d’insouciance mais d’inconscience qui ne manqueront pas de vous heurter avec la même force et la même régularité que celles de l’Océan Atlantique. Il se peut que vous ressentiez avec puissance l’attraction de la « masse » bruyante, démonstrative, festive, dispersée, grisée, chimérique, influente et que vous tanguiez en vous-même, hésitant entre la perspective d’une décontraction a priori sans conséquence et celle, plus exigeante mais infiniment plus prometteuse, non d’une vacance, d’un vide de soi mais d’une épopée intérieure, d’un voyage fabuleux à la rencontre de votre nature profonde.

Encore et toujours, c’est et ce sera à vous de décider.

Gregory Mutombo