Lettre mensuelle septembre 2025

Le mois dernier, j’ai abordé la thématique de la solitude. Cette notion de solitude revêt d’ailleurs des contours assez flous puisque l’on peut très bien l’éprouver au sein d’un couple si les échanges, partages et autres transferts d’énergie sont en sous-expression, dysfonctionnels ou, du moins, vus comme tels.

Le facteur constitutif de l’entité « couple » est la relation intime, c’est-à-dire l’existence d’une connivence, d’une complicité et d’une symbiose dans toutes les dimensions : le corps, l’âme et l’esprit. Ceci étant dit, cette intimité ne se mesure pas en valeur absolue. En d’autres termes, vous pouvez parfaitement vous leurrer sur le degré d’intimité avec votre conjoint(e), si votre point de référence est décalé en raison de votre histoire personnelle (attachement ou rejet du couple formé par vos parents, relations passées, influences diverses…) En somme, on ne peut pas connaître le goût de quelque chose tant qu’on n’y a pas goûté. On me parle parfois de « couples fusionnels » comme étant le Graal de la relation. En les observant, je ne perçois souvent qu’interdépendance ou effacement de l’unicité de chacun au profit de la somme tiède de deux moitiés.

Combien de fois ne m’a-t-on pas dit : « je recherche ma moitié ? » plutôt que « j’aspire à la complétude intérieure et à la partager au sein d’un couple. »

Vivre cette complétude ne signifie pas pour autant vivre en auto-suffisance. L’auto-suffisance est, dans une écrasante majorité des cas qui me sont présentés, un leurre de l’ego qui, seul avec son nombril hypertrophié, se convainc qu’il n’a besoin de personne, qu’il est bien tout seul ou qu’il ne trouve décidément personne, qu’aucun homme ou aucune femme n’est digne de son amour, etc. D’autres, après de longues années de disette amoureuse, bien qu’attirés par l’idée, en viennent pourtant à redouter de se (re)mettre en couple en raison de l’évolution de leur physionomie, d’une libido qui semble s’être dissoute avec le temps et du confort routinier d’une vie de célibataire de plus en plus attaché(e) à son concept de liberté.

Ciment originel du couple, cause première du rapprochement physique des êtres en vue de la perpétuation de la race humaine, la sexualité, l’intimité des corps occupe une place centrale sur Terre. Ceci étant, l’énergie qui préside au rapprochement intime des êtres, aux relations dites sexuelles, se révèle infiniment plus complexe que ce à quoi elle est souvent réduite dans notre civilisation. Globalement, l’humain méconnait la nature et la portée de l’énergie sexuelle et, de ce fait, est parfaitement incapable de distinguer les différences fondamentales qui peuvent exister entre ces trois situations : des personnes ayant des relations sexuelles épisodiques sans former un couple, une personne n’ayant pas ou plus de rapports sexuels, un couple « dysfonctionnel » ayant des rapports sexuels.

L’énergie sexuelle est la plus puissante qui soit donnée à l’être humain. On l’appelle « sexuelle » en raison de son premier lieu d’expression manifeste. Cela signifie, en clair, que si elle n’est pas canalisée dans cette voie, elle cherchera irrémédiablement à s’exprimer à travers d’autres vecteurs, qu’on en ait conscience ou non. Cela signifie également que toute énergie qui est ignorée ou niée peut être récupérée au détriment de la personne considérée. Enfin, il est à intégrer le fait que l’utilisation d’une énergie entraîne la pleine responsabilité de celui ou celle qui en est doté(e).

Gregory Mutombo