| Au cours de ce que l’on peut appeler un cheminement spirituel ou une démarche de connaissance de soi, j’observe de grandes oscillations entre le désir de s’investir dans la vie dite pratique, matérielle ou concrète et celui de n’exister que dans le ressenti, l’intuition pure, la vague énergétique, le flot, la spontanéité émotionnelle ou « l’élan du cœur ». Se trouver exclusivement dans l’un de ces deux modes (qui résultent plus ou moins du fonctionnement différencié des cerveaux droit et gauche) n’est pas satisfaisant. Flotter sans but précis dans le strict ressenti de la vibration du moment – rarement totalement fiable par ailleurs – n’est pas compatible avec les nécessités pratiques de la civilisation actuellement active sur la planète Terre. Et se cantonner à une appréhension purement formelle et matérielle de l’existence et du monde peut conduire à une certaine forme de folie ainsi qu’à l’expérience d’une profonde sécheresse intérieure. Bien peu parviennent à trouver ce point central entre le rationnel et l’intuitif, la tendance étant souvent d’alterner entre deux états, en fonction des situations rencontrées, des exigences du quotidien et de l’environnement humain. Vous avez tous pu constater que l’alternance a pour principal effet de rendre particulièrement pénible, poussive et énergivore chaque plongée dans les obligations concrètes et matérielles. Se centrer, c’est se placer au centre des ressources individuelles qui nous sont humainement allouées, afin de pouvoir en bénéficier de façon simultanée : il s’agit donc, pour cela, d’être rationnellement intuitif et intuitivement rationnel et non l’un ou l’autre ou l’un puis l’autre. Il n’y a pas grand intérêt à avoir « beaucoup de ressenti ou d’intuition » si l’on se trouve parfaitement démuni face aux contingences administratives et à l’empilement législatif qui façonnent nos sociétés. D’un autre côté, il n’y a guère plus à se réjouir d’être très à l’aise avec les turpitudes pratiques du quotidien si l’on est absolument incapable de discerner, en temps réel, la température énergétique de ceux qui nous entourent ou d’identifier les liens réels de cause à effet qui génèrent les épreuves se présentant à soi en permanence. Chez beaucoup, je remarque de grandes difficultés à allier, tout particulièrement dans le domaine de l’activité professionnelle, l’intuition et la raison. Faire pencher la balance d’un côté se fait toujours au détriment des deux parties. Un vaste « élan du cœur » n’empêche en rien le fonctionnement de la raison. À n’écouter que son cœur, on en perd la raison. Et réciproquement. Bien que ce centrage et cet équilibre soient des préalables et des conditions absolument requises pour la voie Conscience Intégrale que j’ai précédemment évoquée avec vous, je dois vous dire que le véritable équilibre, la véritable stabilité se situe au centre d’un triangle qui, outre le cerveau gauche et le cerveau droit, comporte une troisième pointe qui est un cerveau extracorporel. Mais je m’arrêterai là car chacun, chacune comprendra aisément qu’un funambule ne peut se permettre de lever les yeux vers le ciel que s’il est d’abord parfaitement en équilibre sur le câble qui le porte au-dessus du vide. |

