Lettre mensuelle octobre 2025

Grandeurs et décadences

Depuis des années, je vous parle d’ascension, d’élévation de conscience ou de montée en vibrations. Cela pourrait laisser supposer que l’époque dans laquelle nous vivons ne se caractérise, pour les chercheurs de vérité et autres personnes se sentant appelées par l’Esprit, que par une seule direction possible : le « haut », les Cieux, le firmament, la Lumière, en somme… Et que les grandes faillites personnelles, les spectaculaires déshonneurs ne concernent que « le monde d’en bas », celui de la « matière qui s’agite ».

Il n’en est rien. Le potentiel d’une chute, d’une glissade, d’une redescente ou d’une dégringolade existe à chaque pas, à chaque carrefour, à chaque marche du parcours de l’âme incarnée. Que serait donc cette voie d’ascension si, une fois dessus, il n’y avait plus qu’à se laisser porter ? 

Même le concept de stagnation n’existe pas car, tout étant toujours en mouvement dans l’Univers, cette immobilité présumée n’est que pure illusion. Personne donc, en vérité, ne stagne : soit on avance, soit on recule.

L’ascension n’est pas le produit du désir ou de la volonté de l’ego qui souhaite « en être », devenir « éveillé », arrêter de souffrir ou de revivre sans cesse les mêmes situations dans lesquelles il se sent impuissant. L’ascension est, comme pour une montgolfière, le résultat de deux facteurs : lâcher du lest et mettre tous les moyens en œuvre pour s’assurer une élévation maîtrisée. Lâcher du lest, vous le savez bien, consiste à abandonner toutes les charges, mémoires, peurs, tous les archaïsmes et comportements involutifs qui ont conduit l’humain, siècle après siècle, à en oublier sa nature véritable. Mettre tous les moyens en œuvre pour s’assurer une élévation maîtrisée signifie qu’être en l’air ne suffit pas : plus l’on s’élève, plus les risques de turbulences sont importants, plus les manœuvres de rectification sont périlleuses et plus, le cas échéant, la chute peut être brutale. 

J’ai été le témoin, à tant de reprises, de cet excès de confiance qui étourdit, grise, ramollit, disperse et finit toujours par entraîner la personne qui le manifeste dans un sentiment infondé de maîtrise, de compréhension, de pouvoir, de puissance, de réalisation voire de supériorité. Je ne dis pas qu’il faut douter de soi mais que ne tombent que ceux qui ne regardent plus là où ils mettent les pieds quand ils marchent. 

Il existe donc, pour chaque humain, une parfaite réversibilité du phénomène dit d’ascension. Et là beaucoup se diront : Comment pourrais-je perdre les clartés, les prises de conscience auxquelles j’ai eu accès ? Comment pourrais-je redescendre d’un palier ? Alors, ce n’est pas tant que vous perdez ce à quoi vous avez accédé mais plutôt que tout continue de s’élever autour de vous mais sans vous ou bien trop vite pour vous. 

Dans une course cycliste, lorsqu’un coureur chute, le peloton continue. Le coureur au sol ne perd pas la distance déjà parcourue mais lorsqu’il parvient à se relever, il n’est évidemment plus au sein du peloton qui, déjà, l’a bien distancé. Rattraper le groupe, alors que le « malheureux » est tout endolori, choqué, sonné et isolé tient pour le coup de l’épreuve de force. A la grande différence de cette image simple, le chercheur de vérité est toujours le dernier à se rendre compte de sa chute, car souvent bien trop occupé à contempler le chemin déjà parcouru au détriment de celui qui reste à venir. Lorsque, enfin, cette personne s’aperçoit qu’elle s’est vautrée dans l’orgueil, la vanité ou la tiédeur, elle se réveille tel un adulte confronté aux lointaines épreuves de mathématiques du baccalauréat : alors que cela lui avait été largement accessible à l’époque, aujourd’hui, il n’y comprend plus rien.

Puisse l’humilité vous servir toujours de boussole.

Gregory Mutombo