Lettre mensuelle janvier 2026

JANUS

Il est de coutume, en chaque début d’année nouvelle, de formuler des vœux pour autrui, le monde ou soi-même. Pourquoi à ce moment précis du calendrier, en plein cœur de l’hiver, et pas plutôt au printemps lorsque la nature renaît, ainsi que cela était de mise chez les Babyloniens, il y a plus de 4000 ans ? On doit à Jules César et à l’instauration d’un nouveau calendrier le fait que notre année commence le 1er janvier, mois de Janus, le dieu à deux faces : l’une tournée vers le passé et l’autre vers l’avenir. À cette date, les Romains faisaient leurs comptes : le bilan de l’année écoulée, le résultat des actions entreprises puis l’établissement d’objectifs pour l’année future à travers la formulation d’invocations et de résolutions. 

Plus de deux millénaires plus tard, l’humain a oublié le dieu Janus et totalement laïcisé le passage du Nouvel An mais il continue à souhaiter le « meilleur » (santé, bonheur, prospérité…) à ceux qu’il aime, respecte ou croise simplement sur son palier, comme une manière, au-delà de la simple convention sociale, de dominer la destinée, de conjurer le sort et d’étouffer sa peur archaïque d’un futur rempli d’incertitudes.

Repensons à Janus, ce dieu à deux faces. Tout être humain, parce qu’il se trouve en permanence au carrefour entre son passé et son avenir, peut lui être comparé. En vérité, il n’arrive rien d’imprévisible dans une nouvelle année, il ne s’agit en effet que de la suite logique, naturelle de tout ce qui a été accompli, individuellement et collectivement, dans la totalité des temps précédents. Quand je dis « accompli », j’entends par là tout ce qui a été pensé, dit, ruminé, occulté, caché, dissimulé, entretenu, alimenté, irrigué, entendu, conscientisé, intégré, vu, nié, corrompu, perdu, libéré, transcendé, enfermé, etc.

En vérité, l’année nouvelle d’une personne – l’ensemble des évènements qui s’y déroulent – est l’association de tout ce qu’elle a auparavant accompli et de toutes les circonstances particulières face auxquelles il lui faudra répondre avec le plus de hauteur possible, conformément à son chemin de vie. Face à ces situations inédites, sa part de libre arbitre, de liberté de choix et d’action et surtout, son discernement, dépendront évidemment de la manière dont elle a conduit son existence jusqu’à présent. Fondamentalement, une année ne peut donc être ni bonne ni mauvaise, si ce n’est à travers l’interprétation erronée de celui ou celle qui l’expérimente. 

Par ailleurs, chercher à enterrer les années dites noires ou à oublier les moments vécus comme difficiles peut être vu comme un moyen sûr « d’aller de l’avant », de se rendre totalement disponible pour l’avenir, voire de « repartir à zéro ». Ceci est une profonde illusion. Vous êtes des trajectoires. Vous êtes des itinéraires. Vous êtes des chemins. Vous êtes des destinées. Enlevez le point de départ, enlevez une étape, occultez un passage et c’est toute la trajectoire qui disparaît, c’est tout le chemin qui se dissout dans le néant. Vous êtes des voyageurs de l’infini et de l’éternité et non de simples sujets du temps et de l’espace.

Puisse votre voyage se poursuivre en 2026 sur Terre de la façon la plus alignée qui soit avec votre unicité, votre vérité, votre origine et votre destination.

Gregory Mutombo