Le pouvoir de la pensée
Le pouvoir de la parole
Le pouvoir du geste
Parler ne signifie pas s’exprimer. Se taire ne signifie pas être silencieux. Être immobile ne signifie pas que rien ne s’agite au-dedans.
Chercher à dissimuler le fond de sa pensée, bloquer ses mots ou contenir ses gestes est vain car, tôt ou tard, tout ce qui marine dans les replis ombrageux de l’esprit trouvera une voie d’extériorisation : à travers un acte manqué, un lapsus dit révélateur, un geste parasite, un processus d’auto-sabotage, un accident, une maladie…
Dire ce que l’on pense est, selon mon point de vue, la moindre des choses. Pourtant, cela est parfois observé comme une capacité particulière, voire une attitude courageuse dans un monde perçu comme relativement hostile à toute expression individuelle originale ou inédite.
Dire ce que l’on pense ne signifie pas nécessairement parler vrai, avec justesse ou être authentique mais, au moins, la circulation énergétique entre pensée et parole ou pensée et action n’est pas interrompue ou biaisée par une sorte de censeur intérieur, d’agent de rétention ou de travestissement qui, en permanence, conduit à prononcer des mots qui sont l’opposé de la pensée source ou bien à produire des gestes qui, observés à froid, feront dire à leur auteur : « Mais qu’est-ce qui m’a pris ? »
Je sais que bien des mensonges ou des non-dits trouvent leur origine et leur justification dans ce qu’on appelle une « bonne intention », dans une certaine idée de la « bienveillance », dans la peur de déplaire, de choquer, de blesser et, aussi, dans la présumée incapacité de l’interlocuteur du moment à entendre ce qui pourrait être dit. Tout ceci peut évidemment se concevoir jusqu’au jour où l’on prend conscience, sur les plans physique, psychique et spirituel, des effets dévastateurs de ces distorsions intérieures du Verbe dont nous sommes, en théorie, les prolongements incarnés.
Vous connaissez tous la sclérose qui caractérise certaines familles et regroupements humains où de lourds secrets ont été entretenus au prétexte qu’une dissimulation acharnée d’un événement ou d’une situation valait mieux que leur révélation. Qui, sérieusement, s’est un jour félicité qu’on lui ait menti, qu’on lui ait dit l’inverse ou une version aménagée de ce qui était vraiment ? Qui s’est, une seule fois, réjoui d’avoir été le réceptacle perpétuel de mensonges proférés « pour son bien » ?
Lorsque vous vous sentez en totale confiance et en sécurité affective avec quelqu’un, vous ne craignez pas de partager le fond de votre pensée. Tous les autres – et ils peuvent être infiniment plus nombreux – avec lesquels vous vous obligez à contrôler ce que vous dites, avec lesquels vous mesurez sans cesse la portée potentielle de vos propos ou le poids supposé des vos mots, ceux qui ne vous renvoient pas suffisamment ce sentiment de proximité, d’écoute, d’intimité, toutes les personnes qui, en somme, ne vous paraissent pas totalement inoffensives ou assez solides, auront droit à autre chose de votre part. Cet « autre chose » que l’on sert à autrui, sous mille et un prétextes, agit, en vérité, comme un poison lent en soi. Telle une drogue que l’on s’injecte, ce poison peut sembler soulager de l’injonction de faire face à la réalité du moment mais, au fil du temps, son effet décroît et il en faut toujours plus pour un résultat toujours moindre. Ce poison – lent mais puissant – anesthésie d’abord puis détruit ensuite toutes les structures cérébrales permettant la formalisation de l’inspiration, l’exercice de la métacognition (capacité à observer et décrypter ses propres pensées) et la verbalisation instantanée de fulgurances spirituelles. Ce poison abîme le corps psychique, lequel devient de plus en plus poreux au brouillard ambiant, aux influences astrales et au flou généralisé. Et, je ne vous apprends rien, cela finit par ronger certaines cellules du corps physique, le rendant peu à peu inapte à manifester, au quotidien, ce pour quoi il existe.
L’idée n’est évidemment pas, en réaction, de parler à tout va, haranguer des foules ou se déverser dans la première oreille disponible. Non. D’abord, il s’agit de comprendre la provenance, le trajet et la destination de ces pensées, paroles et gestes qui, au lieu de se soutenir mutuellement, se défient dans la tête, la bouche et le corps. Ensuite, il est nécessaire de localiser et dissoudre les mécanismes archaïques qui brident l’expression de soi (paroles, actions), surtout quand celle-ci a pour origine les étages les plus élevés de la conscience. Enfin, il convient de prendre la pleine mesure de ce que « incarner sa parole », dans le sens le plus sacré du terme, peut avoir pour phénoménales conséquences, tant dans la matérialité de l’existence, pour soi et autrui, que dans ses aspects les plus subtils.
En juin, les 13 et 14, j’animerai une rencontre portant sur ce sujet. Par ailleurs, afin de répondre aux demandes croissantes qui me sont faites sur cette voie hautement spécifique, un week-end de préparation à Conscience Intégrale se tiendra les 11 et 12 juillet.
Gregory Mutombo

